FIEBERBRUNN

Fieberbrunn? C’est quoi?
C’est le nom d’une petite gare secondaire sur une ligne ferroviaire secondaire d’une vallée du Tyrol. Et oui comme tous les étés je suis encore parti recharger mes batteries en Autriche, et oui, je me fais vieux: repartir tous les étés au même endroit, avoir besoin de vacances plus longues pour récupérer, radoter tous les ans un petit commentaire sur une société nationale ferroviaire publique étrangère qui fonctionne, puiser dans mes réserves de mauvaise foi (mais le TER a épuisé mes réserves de foi depuis longtemps alors qu’il recharge les autres) et nouveauté 2013 je me fais méchant  … autant de signes de vieillesse.

Comme tous les étés je suis émerveillé de voir la qualité de service offerte par l’ÖBB à ses usagers: matériel moderne, trains fréquents à tous les moments de la journée, horaires respectés à la minute, gares bien équipées et accueillantes. Seules les plus petites n’ont pas de présence ÖBB mais elles ont été reconverties en supérette ou autre activité commerciale. Pouahh quelle horreur, une activité commerciale!!! elles sont dotées ainsi d’une présence humaine, d’une certaine vitalité qui accompagnent le guichet automatique et l’espace d’attente. Tout cela par un monopôle public! Enfin disons plutôt monopôle au service du public. Ici au moins ça marche.

Et comme tous les étés, j’enrage à  l’idée de retrouver bientôt mon service public, les tickets y sont moins chers, je dois le reconnaître mais le service y est tellement faible: matériels déjà vieillis avant d’être vieux, matériels vieux qui n’en finissent plus de vieillir (à la SNCF, les carrières longues sont réservées au matériel), excuses multiples et bidons présentées par cette brave Simone (un jour la SNCF devra la canoniser et lui faire une basilique comme à Lourdes pour avoir pris si souvent sur ses épaules les égarements de son employeur ou de ses collègues et organiser des pèlerinages de cheminot vers cette basilique)   …

Sans oublier toutes ces gares fantôme, les fenêtres murées au rez de chaussée, et au 1er des vieilles fenêtres battant au vent comment dans les cités minières abandonnées de l’ouest américain! A moins que ce battement de fenêtre soit l’ultime expression d’une gare en mouvement?

Et je vois cette petite gare de Fierberbrunn, petit village au fond d’une petite vallée, toute pimpante, des distributeurs de boisson qui marchent, etc … Elle est gardée par un monsieur de l’ÖBB quand la même chez nous serait abandonnée depuis longtemps.

Pensez donc, un cheminot tout seul! Et à lui tout seul, ce même et unique Monsieur:

  • Vend les billets aux usagers
  • Surveille sur une console électronique dans son dos le traffic des trains en approche
  • Ferme son guichet quand le train entre en gare pour aller sur le quai assurer son arrêt et y revient quand il est reparti

(pour ce que j’ai vu, je ne sais pas si il alimente aussi les distributeurs de boisson…)

Déjà chez nous, un cheminot tout seul, c’est contre nature. Un cheminot vit forcément en troupeau comme n’importe quel animal d’élevage sinon il dépérit. J’ai ici un sujet qu’il faudra que je développe un jour: l’élevage du cheminot en batterie comme apprentissage ferroviaire. Et réciproquement. Peut être faut il créer un label cheminot bio, élevé en liberté … promis dans un futur post.

J’en reviens pour l’heure à Fieberbrunn et à ce fonctionnement délirant d’un homme seul affecté à plusieurs tâches au mépris le plus élémentaire des impératifs de sécurité, sécurité des usagers bien sûr et, pire encore, au mépris de l’égalité de traitement des cheminots. Un agent qui vend des billets à Toulon ne fait que cela, hors de question que ce soit différent à Gonfaron, même si le nombre de clients réduit laisserait le temps de faire autre chose. La haute technicité de la vente de billets à la SNCF demande un personnel exclusivement dédié.

Chez nous, une gare, même petite = un troupeau, et pour faire ce travail il faudrait déjà 3 personnes pour le guichet, la console et le quai, mais pas seulement il nous faudrait en plus:

  • du personnel de réserve à la maison pour les absences imprévues,
  • une personne spécialisée pour les cas où la console tomberait en panne, elle aussi à la maison, inutile de la garder en gare tant que la console marche
  • un chef de gare
  • un adjoint du chef de gare qui ferait toute la coordination des agents, réglerait tous les problèmes: par exemple il appellerait le spécialiste console parce que la console en panne ne peut pas le faire elle même et le mec payé pour ne pas la quitter des yeux ne peut pas la surveiller, même en panne, et téléphoner en même temps. En plus il est payé pour surveiller la console pas pour téléphoner, non mais!  Bref l’adjoint fait tout le boulot de chef en attendant de le devenir.  A la SNCF un chef ne doit rien faire: un chef qui a des tâches n’en est pas un à la SNCF!
  • un agent pour sauter la femme du chef de gare, pour bien respecter l’item précédent et les paroles de la chanson
  • sans oublier, bien sûr, l’impérative décharge syndicale pour protéger tout ce monde contre le surmenage imposé par cette putain de hiérarchie et ses fantaisies de productivité.

Résultat la gare coûte trop cher et on préfère supprimer toute présence humaine, ne laisser qu’un composteur, souvent cassé, et depuis peu un écran d’information pour s’en remettre à la grande expérience ferroviaire des usagers. Le tout dans une atmosphère de fin du monde ferroviaire. En clair : démerdez vous!!!

en conclusion, je vois trois analyses possibles:

  1. les usagers français sont autonomes, ils dominent les sujets ferroviaires, ils maîtrisent tous les aléas du sujet et la SNCF leur fait preuve de la plus grande confiance en eux et leurs capacités en les abandonnant alors que les Autrichiens ne sont qu’une bande de gros balôts qu’il faut encadrer, prendre par la main, …
  2. les usages français sont une bande de moutons conditionnés à accepter tout et n’importe quoi d’un service qui les ignore et les abrutit quand les Autrichiens sont des usagers exigeants, prêts à payer le vrai prix d’un vrai service mais en retour intransigeants sur la qualité de ce service
  3. le système autrichien met les usagers au centre de ses préoccupations, de ses objectifs, de ses décisions quand le système français y met ses agents, leurs syndicats et bien sûr les chefs, ceux des agents et ceux des syndicats.

je vous avais prévenu, je me fais méchant mais ça va passer, je vais me soigner : la semaine prochaine je reprends le TER en espérant vérifier l’hypothèse 1 plutôt que la 2 (la 3 n’en est pas une)

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8 commentaires pour FIEBERBRUNN

  1. hachiko de shiboya dit :

    Que vos propos extrêmes flattent vos quelques neurones, admettons. Mais je voudrais vous rappeler que de toute façon, c’est de la faute de de gaulle tout ça. S’il n’avait pas résisté en Angleterre, on serait allemand, et riche, et syndiqué, et roulerait en BMW à 200 sur les autoroutes…

  2. realisateur de reality show dit :

    hachihiko, ma petite olive;

    Tu es le genre de petite fille à n’avoir de l’intérêt pour rien qui ne soit ton nombril. Tu a le profil des participante aux émission  » allo quoi »!

    Tu n’as certainement pas les armes pour comprendre mon cahier des charges! Alors de là à trouver un intérêt pour mes écrits!!!!

    Mon « hors sujet » comme tu dis faisait une remarque culturelle historique sur le manque de transversalité des cheminaux Français. contrairement aux cheminots Allemand.

  3. hachiko de shiboya dit :

    Vous, c’est sur que vous êtes tout le temps dans la provoc, le commentaire hors sujet, la critique gratuite et facile, et le brossage dans le sens du poil de certains ici qui vous adulent. Votre avis, vous ne le donnez jamais, cela permet d’être plus à l’aise pour balancer sur les autres… Un pleutre quoi.
    pro-mignons, si ça ne vous convient pas ne lisez pas, je trouve pratiquement tous vos commentaires sur les commentaires des autres sans intérêt, je ne l’écris pas à chaque fois, au moins vous m’aurez donné l’occasion de le faire.

  4. pro-mignons dit :

    @hachiko, ma petite olive;

    jeune fille, je n’ai pas bien bien compris la finalité de ta prose. Comme toujours sans finalité. Juste du kouchi-saki!

  5. hachiko de shiboya dit :

    J’espère que le bouquiniste n’est pas blessé au moins ? Pour une fois qu’on ne lui pose pas de question liée aux trotteuses et grandes aiguilles, voilà baudrieu affichant à nouveau une de ses propres interrogations posées tous les six mois ou un an ! Pour un correspondant de presse, dans le jargon de la profession c’est un « bon client ». Affable, disert, un vrai moulin à paroles et jamais avare d’une anecdote.
    La prochaine fois il faudra l’interviewer sur la pertinence de la cueillette des olives en basse Provence pour ne pas trop le bousculer !
    PS : Dois-je comprendre que vos oncles, mécaniciens vaporistes, ont bien collaboré par le fait avec l’occupant ? Ça serait donc cela, le point de départ de votre périple, une simple histoire familiale, et la non- inscription à Yad vashem ?

  6. baudrieu dit :

    Pendant les vacances je suis tombé chez un bouquiniste sur une étude de l’action de résistance des cheminaux pendant la guerre. On savait déjà que la réalité est bien loin de la propagande qui prétend que les 450 000 cheminaux ont libéré à eux seuls la France parce qu’ils étaient cgtistes et communistes! La réalité c’est qu’ils étaient plus dans le registre collabos passifs par manque d’imaginaire.
    Mais ce qui est interessant c’est que l’on peut voir que les cheminaux avaient un trait de conscience qu’ils ont toujours aujourd’hui: ils s’en foutaient totalement de ce qu’ils transportaient! Ce qui les interesse seulement c’est que la loco et ses wagons aillent du point A au point B et que eux puissent respecter la routine et toucher leur prime.
    Que leurs trains transportent des enfant et des femmes juives? Il faut que le train suive la ligne.
    Que leurs trains transportent des résistants vers la mort? Et alors! ce qui compte c’est du point A au point B.
    Que leurs trains transportent obus, essence, chars, soldats allemand? Et alors? Moi je suis mécanicien et ils paient alors la loco doit suivre ses rails. Je ne suis pas responsable!
    Généralement les cheminaux ralaient beaucoup quand avions alliés ou résistants les emmerdaient par leurs ingérence dans le bon fonctionnement de leur loco!
    Finalement rien a changer! les cheminaux francais ne s’interessent toujours pas à ce qu’ils transportent. Les chemiots Allemands, eux, comme le montre l’exemple du fou, s’interessent toujours à ce que transportent les trains! 🙂

  7. the nest dit :

    Chez nous, les cheminaux ont compris les contraintes de productivité que les temps modernes imposent. De cela est née une organisation qui convient à tout le monde : Il y a les grandes gares et les petites gares.
    Les grandes gares c’est là où les cheminaux peuvent se regrouper. Les petites gares, c’est là où c’est pas possible. On prend le nombre de personnel que les contraintes de rentabilité obligent à avoir, on divise par 100 et ça donne le nombre de grandes gares.
    Dans le fond, une grande gare n’a rien de différent par rapport à une petite gare : L’usager doit se démerder, ou alors affronter les moqueries de l’employé cheminau qui va l’envoyer bouler.
    Une grande gare est donc seulement un écosystème où les cheminaux subsistants peuvent encore vivre en harmonie. Se la couler douce en groupe. Porter des tenues pour faire semblant de travailler; mais dans le fond, c’est juste pour reconnaître qui est cheminau de qui ne l’est pas.

    Une grande gare est finalement une grande maison où tout est agencé pour que le cheminau peut bien vivre et s’épanouir, car c’est l’endroit où il va se retrouver tous les jours. Il lui faut son bar du coin (pour les longues pauses avec les collègues), son resto du coin et toutes les commodités nécessaires à son épanouissement.

    Et les usagers qui croient encore que les cheminaux sont répartis de façon à répondre à leurs besoins de déplacement..
    Si les cheminaux des grandes gares étaient répartis convenablement dans ce qu’on appelle les petites, et que les cheminaux l’acceptaient, il n’y aura plus aucune gare qui souffrirait d’un manque de personnel, ou d’un service limité.
    Le problème n’est donc pas le manque de personnel..

  8. saphic dit :

    J’ai déjà vu beaucoup de petites gares où l’agent est seul, il vend des billets, s’occupe de la circulation des trains, etc. La dernière en date: la gare paumée de Surdon sur la ligne Paris – Granville. Le pb, c’est quand un train arrive, il n’est plu au guichet et on doit attendre. L e service est donc limité.

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