Condamnée à la PROUTITUDE éternelle : le crime impardonnable !

Ceci est la « vraie histoire » de l’aventure dans laquelle notre Micheline a commis l’irréparable, le « scoop » en exclu sur fou du train…

Une histoire d’amour ! bien sûr, une histoire d’amour ! une histoire d’amour tragique !

Le fils du chef de gare était tombé fou amoureux de la fille d’un riche propriétaire, producteur d’un des meilleurs vins de la région. La belle lui rendait tout son amour et encore un peu plus.

Las, le chef de gare était un « communiste enragé » comme on disait à l’époque, du genre en lutte à mort pour le prolétariat, contre le grand capital, anticlérical à manger du curé à tous les repas pendant que  la jeune fille voyait son père agrandir ses terres avec entrain, élargir ses marchés, augmenter ses prix, aller pieusement tous les dimanches remercier le Seigneur pour tous ses succès …

Le fils, étudiant sérieux, promis par son père à un avenir radieux d’ingénieur à la SNCF et de carrière foudroyante à la CGT, avait bien essayé de dire à ses parents que cette jeune fille lui plaisait bien. Devant la mère en pleur, le père avait parlé puis crié puis hurlé, tout y était passé, honte, déshonneur, trahison, grand capital, ennemi du prolétariat, exploiteur de la soif ouvrière …

La jeune fille, jolie, pétillante, charmeuse, intelligente, étudiante en droit, avait, elle aussi l’air de rien, expliqué que ce garçon qu’elle avait bien connu à l’école communale et qui poursuivait de brillantes études scientifiques lui plaisait bien. Devant la mère en pleur, le père avait parlé puis crié puis hurlé, tout y était passé, honte, déshonneur, trahison, révolutionnaires, agents des soviétiques, grévistes, ennemis du bien, prêts à tout pour s’approprier les économies d’une vie … et celles de nos ancêtres …

Les projets de mariage étaient compromis. Non! Les projets de mariage étaient à oublier. Nous étions pourtant en fin des années soixante, années de libération, d’insouciance, nos tourtereaux en avaient déjà bien profité, bien plus que leurs chers pères n’auraient osé imaginer et leurs chères mères craindre…

Bref notre beau couple de  Romeo & Juliette viticulto-ferroviaire était dans l’impasse. Au fil des rencontres clandestines, l’amour grandissait, les perspectives d’issues officielles non !

La jeune fille en avait parlé en confession. Le curé, grand ami de la famille, acteur de premier plan dans toutes les fêtes de famille, avait immédiatement compris qu’il ne vivrait jamais celle-ci et, tapant en touche, lui avait gentiment conseillé de s’en remettre à Dieu …

Le garçon était allé voir un vieil ami de la famille, responsable de la cellule du parti, bras dessus bras dessous avec son père au premier rang dans toutes les manifs, invité à toutes les fêtes de famille… étonnant comme son discours avait été le même que celui du curé, Dieu mis à part bien sûr !

PROUTITUDE ETERNELLE LOWAinsi naquit le projet d’enlèvement de la belle !!! le garçon avait toujours vécu au milieu des locomotives et des wagons. Fils du chef de gare il avait souvent été invité à monter à bord par les conducteurs qui l’avaient initié au maniement des machines. Il n’avait pas le cheval blanc du prince des biscuits au chocolat, ceux que j’adore …,  mais il y avait des locos. Il s’était soigneusement documenté et avait su s’y retrouver dans les horaires et se tracer un sillon possible vers l’Italie. La jeune fille, futée, malicieuse, un brin coquine, avait déjà imaginé une installation roucoulante sous le soleil toscan, grande terre viticole aussi et berceau de quelques ancêtres lointains autant vénérés qu’oubliés. Un ingénieur, une juriste tout avait été pensé, minuté, préparé. Restait à trouver la machine. C’est là qu’entre en jeu notre brave Micheline. C’est elle qui est choisie par le garçon pour enlever sa belle vers une nouvelle vie loin des contraintes politico familiales. C’est un bonne machine, facile à manier, il l’a souvent manœuvrée dans la gare, fiable, un modèle passe partout qui n’attire pas le regard. Pas de couchettes mais, dans la fougue de leur amour, le confort n’a encore que peu d’importance. Tous les atouts pour organiser leur fugue amoureuse.

Le grand jour venu, nos tourtereaux s’enfuient selon le plan convenu, au milieu de la nuit quand les cheminots et les viticulteurs dorment profondément. Quelques heures devraient suffire à atteindre la frontière, avant que tout ce monde ne se réveille.

Las, le garçon l’ignorait, la belle machine était en attente d’un entretien majeur, déjà entrepris par un mécanicien consciencieux. Elle avait les moyens de quitter la gare, pas d’orchestrer une fuite transfrontalière. L’arrêt devint vite inévitable et le garçon choisit notre belle gare de Carnoulles. Encore à  trois bonnes heures de la frontière, mais en ce temps là, cet arrêt était encore une grosse implantation SNCF avec des possibilités de procéder à un discret échange  standard avant le lever du jour.

La chance sourit aux audacieux, paraît il, mais pas aux amoureux ce jour là. Les nouvelles avaient voyagé plus vite que la Micheline et le temps de ranger cette brave machine pour en trouver une autre, le piège s’était refermé sur nos tourtereaux. Ils étaient attendus, la gare avait été alertée, les cheminots disposés pour stopper l’aventure et régler le problème « en famille » . Rien ne filtra jamais de l’emprunt de la machine, de l’enlèvement de la belle … la bienséance avait triomphé.  Était ce l’œuvre des voix de Dieu, impénétrables mais redoutables, ou était ce celle des voix du fer, syndicales et efficaces quand il s’agit d’emmerder l’usager ? Ce serait bien la seule fois dans l’histoire de la SNCF que l’information aurait été délivrée en temps et heure aux bonnes personnes. Certains ont avancé que les deux pères, également outragés, s’étaient brutalement trouvés une cause commune. Pour briser le bonheur des jeunes, les dogmes s’unissent volontiers !

Bref, que la nouvelle ait circulé par l’acier des rails ou le bronze des cloches, le résultat fut le même.

Fin de l’aventure, retour des amoureux dans leurs familles respectives, mise sous tutelle, elle d’une tante bigote, lui d’un camarade fiable.

J’ignore si l’amour a triomphé de la séparation et si nos deux aventuriers ont su s’attendre, se retrouver, s’affranchir des tabous familiaux, par contre la haine a eu raison de notre pauvre Micheline condamnée à se décomposer lentement dans la honte et le déshonneur.

La photo montre l’étendue du drame vécue par cette brave machine dont le seul tort fut de donner quelques espoirs à un amour.

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Un commentaire pour Condamnée à la PROUTITUDE éternelle : le crime impardonnable !

  1. Ah oui …. quand même !!!!
    Alors là …. Rien à dire !!

    Juste … ?

    Dans notre coin c’est le calva. Chez vous c’est quoi ?

    L’Eau Pastis Orgeat ? ou peut être : une vieille bouteille d’Absinthe de l’arrière grand père ?

    Vous étiez « à la bourre » dites vous ???

    @micalement

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