Le mobile : goujat sans fil

Toulon, soir de juin, 18H40, le train 17495 à destination de Nice Ville va partir. Il fait beau, chaud, le soleil inonde les quais et deux amoureux se serrent, s’embrassent ? Ils s’adorent et puis ils se séparent.

Ce n’est pas un cliché, je vous jure, ils sont jeunes et beaux ils respirent la santé, l’amour…

Le garçon, beau brun, le poil coupé nickel à la bonne longueur, les cheveux savamment mis en broussaille, jean bien coupé, chemise sombre, juste une légère touche de ténébreux dans l’attitude, il monte dans le wagon derrière moi.

Je n’y prête pas attention dans l’instant, je me suis assis seul contre la fenêtre dans un espace en duo vis-à-vis côté quai, quai sur lequel la jolie jeune fille tend le coup pour apercevoir une dernière fois son chéri qui s’éloigne. Lui s’installe dans le vis-à-vis de l’autre côté du couloir où il y a aussi une personne seule côté fenêtre. Il s’installe pose sa valise à côté et la jeune fille sur le quai avance et recule le long du wagon pour apercevoir son beau brun. Elle est jolie comme un cœur, un pantalon marron clair dans un tissu un peu soyeux lui sculpte une silhouette parfaite, un chemisier blanc légèrement ouvragé met en valeur ses atouts supérieurs, une jolie ceinture marque une taille qui n’en a pas besoin, les chaussures sont assorties … elle veut lui laisser d’elle une image impérissable. Je lui trouve une attitude un peu alanguie à la recherche de son amour dans le wagon, je me l’imagine ou pas, va savoir, on a vraiment l’impression qu’ils étaient encore au lit peu de temps avant le départ du train et qu’une part d’elle est encore sur le petit nuage où ils étaient allés se promener ensemble. Ne l’apercevant pas elle a avancé plus loin, lui ne bouge pas trop, j’hésite presque à taper à la vitre pour attirer son attention et lui montrer que son amour est la en face de moi, j’allais presque le faire, je vous jure, à la voir comme cela le coup désespérément tendu pour le voir une dernière fois, j’allais me mêler de ce qui ne me regardait pas. Mais il bouge enfin, se lève, la voit, lui adresse un petit signe discret au moment où le train s’ébranle. Sur le visage de la jeune fille explose un sourire à souffler toute la gare, elle suit le train sur deux trois pas, son sourire est toujours là aussi beau mais un voile de vapeur le trouble, on sent les larmes pas loin, elle se précipite dans le passage sous terrain, manifestement elle ne veut pas voir le train partir en emmenant son amour.

Lui s’est déjà rassis, il nous la joue un peu las, il sort aussitôt son mobile, compose un numéro en mémoire

  • bonjour ma chérie … (décodé : et la jolie brune sur le quai, comment tu lui disais à l’instant quand tu la bouffais sur le quai,)
  • je viens de monter dans le train, je vais arriver vers 21 heures, tu viens me chercher ? (décodé : profites en, ce soir c’est ton tour d’y passer, ne laisse pas passer ta chance … demain j’en ai une autre en vue!!!)
  • oui ca s’est bien passé, je pense que ça a bien marché … (décodé : il a passé ses exams)
  • les copains sont venus m’accompagner tous à la gare (décodé : il était seul collé à la jolie brune, tu parles de copains !)
  • oui, il y avait Sébastien, Stéphane, …
  • oui il y avait aussi Morgane (décodé : enfin un prénom de la fille ?) il avait pu se libérer (décodé et non encore un « il »)
  • c’était sympa, on a bu un coup au buffet parce qu’on était arrivé trop tard pour le train de 17H40  (décodé : j’étais au lit avec un canon pas possible et j’ai pas vu l’heure)
  • et j’ai même failli raté celui là, on avait pas vu passer l’heure (décodé : tu parles, vu le petit canon qu’il avait dans les bras, pas de risque de voir passer l’heure !)
  • oui j’arrive dans moins de deux heures, prépares toi,  je t’aime ;

je pense en moi-même : et cette perle que tu viens de laisser en miettes sur le quai, t’en fais quoi, du pâté ? elle est encore dans la gare, les larmes aux yeux, un creux dans le ventre, … et toi, tu téléphones déjà pour retenir ton coup de ce soir !

En même temps je me rappelle qu’à vingt ans nous n’étions pas des gentlemen nous même. Mais aujourd’hui à cinquante, quand je vois cette beauté qui souffre pour ce grand dadet, je ne peux m’empêcher de penser à mes jeunes collègues de bureau qui nous racontent leurs déboires avec des jeunes couillons qui réfléchissent avec leur bite.

Je me dis qu’il pourrait faire plus tard un bon CAC 40, vous savez le Contrôleur Avec Casquette et 40 de QI, mais j’en doute il est jeune, beau, intelligent, fait des études, et surtout il ne souffre manifestement pas de frustration…

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Un commentaire pour Le mobile : goujat sans fil

  1. lottero yves dit :

    je suis un CAC 40 en retraite et il me semble que pour transporter du bétail un QI de quarante est bien suffisant.

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