Pendulaire, pendulaire, est ce que j’ai une gueule de pendulaire ?

Et oui, j’appartiens à cette race de voyageurs qui se meuvent en « va et vient » quotidiens, toujours sur la même voie, toujours les mêmes transports, tel l’époux fidèle uni à l’amour de sa vie.

« je suis pendulaire, comme ils disent ».

Pour mémoire, le pendule, c’est ce truc qui, pendu à un point fixe au bout d’un fil, va et vient de chaque côté de son axe en y repassant de façon très régulière et précise.

Par analogie avec ces mouvements du pendule, mes allers – retours incessants, le matin du dodo au boulot, le soir du boulot au dodo, m’ont valu ce qualificatif « pendulaire » Je ne suis pas le seul, nous sommes très nombreux tous les matins et tous les soirs sur les quais de France à célébrer le rituel de cette religion des temps modernes.

En référence à ces « va et vient » perpétuels, on aurait pu nous qualifier de « métronomes » mais d’une part nous prenons le TER pas le métro, d’autre part le métronome bat la cadence avec une précision qui appartient à un autre monde que celui de la SNCF. On aurait pu hériter de la qualification de « hardeur » du nom de ces acteurs qui, à leur façon, vont et viennent sur leur lieu de travail.

Est-ce qu’on traite les spectateurs de Roland Garros de pendulaires ? Non et pourtant, pour suivre la balle, ils tournent la tête de droite à gauche avec une régularité bien supérieure à la nôtre.

Dieu sait si l’opinion publique dans sa grande versatilité peut passer d’une idée à son contraire pour revenir à la première en un clin d’œil. Dit on d’elle qu’elle est pendulaire ? Non !

Bref, des tas de gens dans d’autres situations auraient pu se retrouver pendulaires, c’est nous qui en héritons, c’est le jargon du milieu.

Alors voyons d’un peu plus prêt si ce pendulaire décrit vraiment ma situation.

le pendule de Foucault

le pendule de Foucault

Le pendule, suspendu à son point fixe, n’obéit qu’à la seule règle établie entre la longueur du fil et le nombre p et ne subit que des influences physiques, résistance de l’air, poids du fil… très bien connues et obéissant à des lois physiques strictes. (Pour plus d’info sur le pendule, voir les explications sur le pendule de Foucault qui a joué son rôle dans la démonstration de la rotation de la terre http://fr.wikipedia.org/wiki/Pendule )

Le pendule encore, c’est ce truc qui à chaque déplacement, sous l’effet des forces subies, s’éloigne un peu moins de son axe, d’un côté, puis de l’autre mais y repasse systématiquement quoi qu’il arrive.

Moi, pendulaire parmi les pendulaires, j’ai bien un point fixe. Une fixation plutôt, une fixette selon les jeunes, c’est une question blottie entre mes oreilles « je m’éloigne ce matin mais vais-je me rapprocher ce soir ? »

Mais, à la différence du pendule, le voyageur pendulaire s’éloigne toujours de la même distance et revient tous les soirs exactement à sa position de départ, … ou ne revient pas du tout …

Il n’est jamais acquis pour le voyageur ainsi nommé pendulaire de venir après être allé, de rentrer à la maison après le travail.

Le pendule ferroviaire a ceci de particulier qu’il est soumis à une loi faite d’influences extérieures totalement aléatoires, capricieuses, incomprises par la science et hors de portée des capacités d’analyse de la direction de la SNCF.

C’est la « loi de la relativité ferroviaire » : tous les abonnés du TER attendent avec espoir le nouvel Albert Einstein qui sera apte à décrypter cette loi.

Ces travaux vaudraient à leur auteur le « Prix Nobel de la Paix Sociale » qui serait créé exprès pour lui.

Il formulerait, pour sûr, une représentation révolutionnaire d’un espace temps où le mouvement est social et non physique, où le mouvement naît de l’arrêt (de travail) et non du départ, où les forces à l’œuvre sont syndicales avant d’être naturelles, où la frontière est floue entre « usager » et « usagé », où le temps est variable, les heures sont élastiques et les pendules sont molles.

La pendule, mais c’est bien sûr !

Voilà l’explication, LA pendule et non LE pendule !

Je suis pendulaire en référence à LA pendule SNCF, cette pendule ramollie par des années de « relativité ferroviaire » qui rythme un temps mou où les fiches horaires donnent une idée des heures de départ et d’arrivée, les temps de trajets sont capricieux, la vitesse des trains très variable …

Nous sommes pendulaires, car suspendus à cette pendule SNCF trop ramollie, incapable de suivre le mouvement. Nous sommes pendulaires car totalement pendus aux humeurs de cette pendule SNCF hors du temps, cette pendule venue du fond des temps, déconnectée du temps présent et incapable de compter le temps qui passe.

Mais alors qu’attend t on pour la renouveler ?

En fait personne à la SNCF ne veut se dévouer pour « chier une pendule » neuve.

Pourquoi ?

Parce que la pendule neuve n’a pas encore subi la loi de la relativité ferroviaire, elle est encore dure…

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