littérature ferroviaire

Apollinaire c’est pas moi, non, non, je suis trop terre à terre. Pour lui, intelligence et réflexion n’ont rien à faire dans l’art ou la poésie. A l’aune de ces critères la SNCF est une œuvre d’art qui l’aurait laissé dans l’extase notre cher Guillaume. En parlant de ses pairs, il a été le premier à utiliser le mot surréaliste, aurait il osé le faire si la SNCF avait existé ? Moi je suis incapable de me défaire de mon vocabulaire ordinaire, de mes phrases et de mes mots de tous les jours. Je pourrai les faire rimer des pages et des pages, compter les pieds des heures et des heures et je me réserve le droit de le refaire. Mais faire de la poésie est une autre affaire et faire de la poésie avec du fer n’est plus une affaire mais un mystère. Et je suis un homme sans mystère, ma vie est claire, et pas seulement mon régime alimentaire, mes amours vont de pair et tout le reste est dans le même air. Rien à faire, quoi qu’il arrive, je le flaire, même si je voulais plaire, même si le verseau est un signe d’air, je reste les pieds sur terre. Déjà super que je ne me fiche pas par terre à force de perdre mes repères en pissant du vers. Je pourrais forcer sur les verres comme faisaient Appolinaire ou Beaudelaire mais quand j’aurai remplacé vers à plomb par fil à soie, fer à soit par fil de fer, soie de fer par fil d’enfer, soif de verre par vers à boire, boire sans verre par fer sans soif, soif de vers par foie de cerf, je finirai par les rejoindre à la case foie d’enfer mais certainement pas plus loin. J’y gagnerai un caractère d’ivrogne mais ni génie, ni poésie, ni folie créatrice. Mieux vaut rester sur terre, m’autoriser quelques impairs avec la langue et la politesse et me complaire à mes petits vers de terre, à ma versification ferroviaire, dusse je vous déplaire, passer pour vulgaire.

Baudelaire, non plus ce n’est pas moi. J’ai du mal avec les fleurs et encore plus pour dire du mal avec des fleurs, imagées, légères, coupées, en pot, pot de terre ou pot de fer, peu importe. Je ne suis pas Beaudelaire, Je ne décolle pas, ne plane pas dans les mêmes airs et mes vers s’ils vont par paires, restent à terre Lui aurait su faire le lien entre la beauté absolue de deux rails droits dans un éclat de soleil et le mal absolu de ces mêmes rails désespérément vides de trafic ou encore le lien entre le bonheur de voir son train partir à l’heure et le rêve inaccessible de le voir arriver à l’heure. A lire Beaudelaire son lecteur doute de sa santé mentale, à prendre le train tous les jours le voyageur doute du sien propre d’état mental.

A peine au B et je vous gonfle, reste presque tout l’alphabet vous vous interrogez si je ne vais pas à chaque lettre, choisir un auteur illustre et expliquer que ce n’est pas moi. Non depuis les premières lignes, vous et moi savons, sans l’ombre d’un doute, que je ne lutte pas dans la catégorie de poids « écrivains » ni dans la catégorie « poète » ni aucune autre dûment référencée par la littérature. Mais pourquoi ne pas s’offrir ce chemin de croix en 26 stèles pour mesurer ce qui fait la différence entre un versificateur ferroviaire et un écrivain, entre l’issue d’un trajet désoeuvré qui se répète chaque jour et une œuvre qui reste pour des siècles. Assez de salades, reprenons au C la litanie de ces écrivains de génie. Certains ont connu, admiré et peut être loué le train comme progrès fabuleux. Tous au choix, seraient morts d’avoir connu la SNCF ou auraient au contraire connu une révélation et écrit une toute autre œuvre ou encore arrêté d’écrire, brûlé leurs manuscrits, va savoir … mais, c’est sûr, aucun ne serait pas resté indifférent. Dans le drame, la comédie, la prose, le vers, dans la philosophie, la sociologie, la psychanalyse, dans le romanesque, le réalisme, la science fiction, l’aventure, l’eau de rose, … et même dans le roman de gare, cette chère SNCF peut être source d’inspiration ou de dégoût, de vocation ou d’abandon, d’illusion ou de désespoir, de motivation à se dépasser ou de résignation à jeter l’éponge … mais, c’est sûr aussi, à la fin c’est toujours elle qui gagne. Il suffit de ne pas l’oublier.

Corneille, tragédien s’il en est, toujours dans l’héroïsme avec des personnages qui se battent contre des destins qui les dominent. Certes il y a du Corneille dans le voyageur en recherche d’information sur un retard indéterminé qui va passer par toutes les étapes de la tragédie, révolte, héroïsme, … jusqu’à la victoire finale du « destin ferroviaire ». Mais le Cid et ses petits copains, Horaces et Curiaces auraient été beaucoup trop débonnaires pour entrer chez SUD.

Chateaubriand est l’homme qui a écrit des « mémoires d’outre tombe » en quarante livres et presque quarante ans, je suis sûr qu’il aurait adoré le rythme de la SNCF.

Diderot, de la philo, il en faut avec les cheminots, et il aurait eu avec la SNCF largement de quoi pisser une encyclopédie du fer comme un supplément à la sienne ou dans une version collector tirée en édition limitée, sinon qu’une encyclopédie est un dictionnaire raisonné écrit il, et pour faire quoi que ce soit de raisonné sur la SNCF, bonjour, la gageure !!!!!!!!!!!

Descartes fait dans la raison, la méthode et le doute, autant de choses que la SNCF a oubliées de fort belle manière. Il aurait douté de sa propre raison s’il avait expérimenté la méthode SNCF.

Eluard. Avant la création de la SNCF, il a écrit « Ralentir travaux » et peu après « Liberté ». C’est pas surréaliste comme coïncidence ?

Freud. La SNCF est elle Freudienne ? Oui ! Freud a écrit «Si tu veux pouvoir supporter la vie, sois prêt à accepter la mort!» et le train est à la SNCF ce que la vie était à Freud.

Giono a été surnommé « le voyageur immobile » la SNCF devrait verser des royalties considérables à ses héritiers ou être condamnée lourdement pour plagiat. Lui aussi a connu la création de la SNCF et que constate t on ? Avant, dans REGAIN ou COLLINES,  la nature est dure mais belle, après elle est cruelle et absurde avec le choléra du HUSSARD SUR LE TOIT. Est-ce un hasard ? Non, non et non, le « voyageur immobile du XXI ème siècle » celui qui attend parfois des heures pour rouler à trois cent à l’heure, qui met plus de temps à monter dans le train qu’à traverser la France, se verrait bien en hussard, sur le toit du train, en train de sabrer tous ces connards.

Garcia Marquez : quand la SNCF et la RATP s’offrent une journée d’action, les pigeons ex-voyageurs restent en totale inaction ensemble en ce seul jour 3 millions d’heures soit plus de 300 ans à attendre sur un quai en totale solitude vu l’absence d’information. Alors mon cher Gabriel, avec tes « cent ans de solitude » tu fais petit joueur.

Hugo, Victor de son prénom. Vous avez tous un jour ou l’autre vu cette extraordinaire photo de Victor Hugo, prise deux ou trois ans avant sa mort, où avec la main gauche il se tient la tête légèrement penchée sur le côté. Le regard exprime un mélange de réflexion, d’interrogation, de résignation. Postez vous un vendredi soir sous un panneau d’affichage SNCF et vous verrez qu’il a vraiment une descendance innombrable.

Ionesco a été l’inventeur du théâtre de l’absurde. Il est contemporain de la SNCF. Comment a-t-il pu passer à côté de sujet ?

Avec un « J » je cale un peu. James Joyce, Henry James ou Jankelevitch m’inspirent peu. Ma muse ferroviaire me conduirait plutôt vers « J’en ai marre » ou « J’en peux plus », « j’en ai plein le dos » voire « j’en ai plein d’autres choses… »

Kafka , Ah s’il avait connu le TER PACA, ses 13000 trains supprimés par an, supprimés pour « difficulté d’acheminement d’un agent » d’une compagnie de transport !!!!!!!!!!!!, supprimés pour « arrêt de travail d’une catégorie de personnel » pas pour grève, la différence entre les deux étant le passage ou non en télé, supprimés pour « problème technique » on va quand même pas mettre des rames de réserve pour des petites gares comme Nice Marseille ou Toulon !!!!!!!!!, supprimés « pour rien » presque toujours, la plupart du temps le train est supprimé sans autre forme de procès. Bref si Kafka avait connu le TER PACA je suis sûr qu’il se serait mis à la comédie…

Lucas, Georges Lucas. Oui « le Georges Lucas » de STAR WARS. Mais qu’est ce qu’il fait là au milieu. Ben oui, cher lecteur, le L est à peu prêt au milieu de l’alphabet. En plus, j’ai triché avec mes deux D et mes deux G mais il n’a pu vous échapper qu’il est souvent le point où les dictionnaires se séparent en deux volumes. C’est l’heure de la pause, l’heure de passer du génie littéraire au génie marketing. Aujourd’hui la SNCF livrée aux mains des syndicats manque de moyens, laissez là cinq ans à Georges elle manquera de trains …

Molière, était un génie, qu’il revienne juste quelques heures le temps de prendre un TER en PACA, qu’en sortirait il ? Après des années de TER, je les ai tous rencontrés une fois au moins, le fâcheux qui ne le sait pas mais sûr qu’il a des droits, la précieuse ridicule qui hurle à son mobile, Tartuffe qui veut aider la précieuse à monter sa valise, Scapin qui veut l’aider à descendre, le bourgeois, gentilhomme ou non, le malade imaginaire et sans billet, Dom Juan prenant la pose comme un paon, l’Avare, Sganarelle et pleins de maris et de femmes qui auraient gagné à suivre leurs écoles respectives. Le contrôleur à lui seul pourrait tenir les cinq actes dans une unité de lieu, mon TER LES ARCS TOULON, une unité de temps les cinquante cinq minutes du trajet et les dix arrêts, une unité d’action autour de la détresse d’une brave ou belle passagère, sans billet, ayant raté l’arrêt ou  perdu son caniche. Si la pièce met en scène un brave contrôleur je le vois bien s’appeler ANTONIN, s’il est amoureux de la passagère, COLOMBIN, et si il est un connard PETRAIN.

Marx, notre ami Karl, a émis la théorie selon laquelle la base de la valeur d’un bien était la quantité de travail humain qu’il contenait. Karl, si les cheminots étaient communistes et avaient repris tes théories les trains français seraient vraiment très très très bon marchés.

Nostradamus. S’il avait eu les capacités de prophétie qu’il a revendiquées ou qu’on lui a prêtées, il n’aurait pu passer à côté du plus grand bordel de l’histoire de l’humanité, vous l’aurez compris, je parle de la SNCF. Ou alors il avait tout vu et tout prévu mais n’a pas osé l’écrire tellement cela lui a semblé invraisemblable….

Orwell est mort trop jeune pour venir goûter aux joies de ce gigantesque bazar ferroviaire, mélange de totalitarisme syndical et d’absurde de gare. Mais quelle « ferme des animaux » il nous aurait servi s’il avait pu voir de ses yeux ce que la femelle et le male arrivent à pondre quand on les met sur des rails.

Pascal a été mathématicien, physicien, théologien, philosophe. On lui doit un théorème, la découverte de la pression atmosphérique, les bases des probabilités, le pari …  et tant d’autres choses. Par bonheur ce génie est mort longtemps avant la création de la SNCF. Que n’aurions nous risqué de perdre sinon ?

Pennac doit absolument nous écrive un tome « Malaussene prend le train » un bon bouc émissaire, y a plus que ça qui peut sauver le train

Queneau a écrit « Zazie dans le métro » l’histoire de cette petite provinciale qui arrive en train à Paris en rêvant de voir le métro et en repart après quelques jours toujours en train mais sans avoir vu le métro. D’abord parce qu’il est en grève et ensuite parce qu’elle dort dans les bras d’un grand la seule fois où elle l’emprunte. Il y a là dedans une symbolique qui me laisse rêveur.

Rousseau était trop « promeneur solitaire » pour être compatible avec la boite à sardine ferroviaire.

Sade je le verrai bien s’occuper des épouses des leaders de SUD

Trenet a fait « la course avec le train ». au risque d’être grandement malhonnête, je vais direct aux dernierx vers de la chanson et cela donne « je fais la course avec le train, et c’est un beau voyage sans fin, sans fin, sans fin ». Ok Charles, la poésie c’est super, mais le voyageur préfère voir la fin … de son calvaire !

Ubu. D’accord vous auriez du trouver Alfred Jarry au J et pas Ubu ici ; mais au J je voulais caser mon « j’en ai marre » et je n’avais personne au U. Et reconnaissez avec moi qu’un abécédaire ferroviaire tel que celui-ci ne pouvait éviter Ubu roi, directement inspiré à son auteur par un de ses anciens professeurs de sciences qui incarnait selon ses propres dire « tout le grotesque qui est au monde ». Si ce brave Alfred avait à l’époque connu la SNCF, ses syndicats, leurs discours et le reste, il aurait non seulement pardonné son professeur mais serait peut ^tre devenu prix Nobel de physique.

Voltaire nous aurait assurément livré un conte dans la lignée de Candide ou Zadig si le rail avait coupé sa voie.

Wilde a écrit le portrait de Dorian Gray, cette histoire extraordinaire d’un portrait qui vieillit et enlaidit à la place de son modèle qui peut se livrer en toute impunité à toutes ses turpitudes. Je pense qu’il y a un bon paquet de Dorain Gray parmi nos cheminots et si je pouvais déchirer tous leurs portraits …

Je vous fait grâce du X qui ne me laisse le choix qu’entre un obscur chinois et Rocco Siffrédi et j’ai décidé de faire l’impasse sur Marguerite Yourcenar

Pour le Z j’ai choisi Zen. Zen c’est personne et pourtant c’est le seul qui pourrait supporter le bordel du train.

Reste le grand absent, le plus grand de tous, Dumas, Alexandre pas Mireille. Il méritera plus loin un hommage particulier dont je n’ai pas encore l’idée à l’heure où j’écris.

signé: foudutrain, abonné du TER SCNF en PACA

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2 commentaires pour littérature ferroviaire

  1. fou du train dit :

    par bonheur, les dames prennent le temps de les lire … on ne les remerciera jamais assez!!!

  2. bibiche dit :

    mon dieu
    comme les hommes peuvent écrire de choses inutiles !

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