connard TERé

à ne pas mélanger avec le canard laqué.

Nous sommes le matin du xx  …bre 2008. je suis sur le quai avec mes collègues d’infortune, le 17704 à destination de Lyon, départ initialement prévu à 07 H 13 n’est pas encore là alors que l’horaire est passée de deux ou trois minutes et qu’aucun retard n’est annoncé. Au contraire on nous annoncé plusieurs fois de nous éloigner du bord du quai pour laisser passer un train sur la voie 2, la nôtre, un train qu’on ne voit pas venir et on nous a annoncé la mise en place de l’omnibus pour Toulon de 07 H 19 à la voie A, de l’autre côté du quai et lui on le voit arriver et se mettre à quai.

Pour les habitués pas de problème. Pour une raison ou une autre notre 17704 est derrière le train dont on nous annonce le passage et il va arriver derrière, suffit d’attendre un peu. Pour une brave dame d’une soixantaine déjà bien entamée, manifestement peu habituée au train, le stress monte. « la circulation » arrive enfin. Il s’agit de ces trains de pèlerins italiens que nous voyons circuler par intermittence dans la région et qui perturbent un peu plus un trafic déjà chargé mais qu’on pardonne quand arrêtés dans une gare, on y voit des flopés de nonnes italiennes accompagnant nombre de personnes diminuées, handicapées ou malade qu’on imagine plein d’espoir et de souffrance vers Lourdes, ou une autre destination religieuse, je ne sais pas avec exactitude mais Lourdes semble sur cette ligne la destination naturelle. Bref la dame ne va pas à Lourdes et elle s’inquiète un peu.

Quand l’omnibus s’installe au bord du quai du côté opposé à celui où elle attend sans information, elle s’approche et questionne l’agent de conduite qui apparaît à la porte. L’agent de conduite est dans le profil. La quarantaine, imperceptiblement ventripotente, le crâne largement dégarni, le peu de cheveux rasé court, la barbe méditerranéenne soigneusement entretenue à une longueur de deux journées, une boucle un peu épaisse à l’oreille gauche et la cigarette tenue entre des doigts savamment repliés. Ne me demandez pas j’ai pas regardé en détail et je m’y connais encore moins en cigarette qu’en pèlerinage. Il y a tout de même une chose dont je suis sûr c’est que les trains en PACA sont entièrement non fumeurs. Une chose sur laquelle j’ai des doutes croissants, c’est que le personnel de la SNCF, au moins une partie, se fout éperdument des règlements quels qu’ils soient sans risquer la moindre réprimande, que dis je réprimande, la moindre observation. Il y a enfin une chose que j’espère, c’est que au vu de ce qui va suivre ce monsieur fumeur sera un jour ou l’autre atteint de la maladie qu’il mérite et assis dans un train de pèlerins à courir après un hypothétique miracle. Bref le monsieur est debout sur le seuil de sa machine, voulant porter beau, à mi chemin entre un clone raté de Marco Pantani et un commentateur vulgaire d’une partie de boule dont il rêve en vain d’avoir le niveau, le beauf total quoi. La dame s’approche et exprime son stress dans une question posée maladroitement mais sans agressivité, juste une dame déjà âgée d’une soixantaine d’années qui ne comprend pas, faute d’information ce qui se passe exactement, tôt un matin pluvieux et qui va vers le premier agent qu’elle aperçoit demander aide et réconfort.

Elle va se faire envoyer sur les roses. Pour commencer le Monsieur se marre et lui balance une vanne sur le thème « je suis pas là pour ça » qui désarçonne la dame un peu plus. Elle a alors l’outrecuidance invraisemblable du voyageur détenteur d’un titre de transport qui se croit autorisé à poser des questions et avoir des attentes, elle a le malheur d’insister sur le thème « vous pourriez employer un autre ton » et le beauf à la con lui dit texto « commencez à faire chier » adressé d’une façon générale à la dame, aux voyageurs autour, et au delà à tous les voyageurs passés, présents et à venir, ici et ailleurs, conclue son exercice de la relation client par jeter un « vas jouer aux billes » adressé précisément à la dame et se réfugie cigarette au bec dans sa cabine pour ne plus être emmerdé par ces gens qui se croient tout permis parce qu’ils ont payé un billet !

Un être normalement éduqué aurait dit à la dame « désolé, je ne peux pas vous renseigner » un normal serviable aurait dit « voyez mon collègue contrôleur, là sur le quai, il pourra peut être vous répondre », un être frustre et poli aurait dit « je sais pas madame » un frustre aurait répondu « je sais pas », un gentleman serait descendu du train pour aller voir le panneau indicateur éloigné de au moins dix mètres et en aurait expliqué le contenu à cette pauvre dame enfin je suppose, j’en ai encore jamais croisé. L’agent de conduite « connard ferré et narreux » envoie chier et jouer aux billes dès sept heures du matin, charmant garçon ! il y aurait dans cette attitude plus que largement assez pour le licencier sans délais, sans pitié, … mais nous sommes dans un service public, serais je tenté d’écrire, un endroit où le droit au respect de l’usager est inversement proportionnel aux droits acquis du personnel.

Quelques minutes plus tard nous sommes installés dans notre train arrivé entre temps et « monsieur » est descendu de sa cabine sur le quai discuter avec ses collègues contrôleur et se tient fier comme artaban, la clope entre les doigts toujours aussi savamment repliés : à ce moment là il ressemble vraiment à ce qu’il est un gros connard fraîchement libéré du bar du commerce au comptoir du quel il a sûrement commenté avec force et conviction des évènements auxquels il ne comprenait rien mais sur les quels il savait tout. Le connard ferré dans toute sa splendeur. Je me console en me disant qu’à ce niveau de bêtise, de fatuité, de vide intellectuel et de trop plein de frime et de vanité, il est forcément le même à la maison et que de deux choses l’une, soit il a épousé une femme aussi con que lui qui lui pourrit la vie soit elle s’est barrée ou elle est sur le point de se barrer avec son amant. Bref, si il n’est pas cocu, c’est qu’elle l’a déjà plaquée ou qu’elle est trop con pour y penser. Peut être la SNCF est elle victime moins des syndicats ou de la culture du tout permis de ses agents que de l’inculture conjugale de leurs conjointes. J’en viens à imaginer que la solution aux conflits du rail passe par une prise en charge de ces conjointes au travers de cours de cuisine ou d’éducation sexuelle et si cela ne change pas l’humeur du cheminot, cela servira au moins au Monsieur qui épousera son ex conjointe quand elle se sera aperçue qu’il mange comme un porc ou baise comme une chèvre.

J’en suis là de mes pensées quand notre train s’éloigne laissant ce connard ferré à sa nullité.

signé: foudutrain, abonné du TER SCNF en PACA

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2 commentaires pour connard TERé

  1. foudutrain dit :

    je suis d’accord, la plupart des agents rencontrés et notamment des contrôleurs sont sympa serviables … et j’essaie de leur rendre hommage
    mais raison de plus pour « se payer » ceux qui tuent le service!

  2. stephadc dit :

    Excellent texte !
    Malheureusement , les cons se reconnaissent parce qu’ils osent tout , il y en a quelques uns à la SNCF , comme partout ailleurs!

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