la snobino branchée socio cul

J’ai connu ainsi la « snobino branchée socio-cul ». Elle est jeune, elle n’a pas vraiment commencé à réfléchir, elle en est encore à réagir à son éducation et son milieu d’origine. Elle se balade dans un TER PACA avec un accent snob-parisien en exploration en province comme on n’en voit en général que dans les caricatures de nos meilleurs humouristes dans leurs one man show. Elle trimballe un ampli sur un cadre métallique à roulette, et une guitare à ciel ouvert, sans housse je veux dire, ostensiblement posée sur ses genoux et pincée entre ses doigts, genre « je joue dans le métro, je suis une chanteuse à la rencontre de la vrai vie des gens de la rue, c’est une super expérience … ». Bon, à la voir pincer les cordes le petit doigt tendu vers l’extérieur, on comprend vite qu’elle a appris à tenir un tasse de thé dans le salon de sa mère avant de gratter la guitare dans le TER et qu’elle tient à cette éducation vu que c’est là qu’elle compte très vite venir raconter ses aventures hors de sa caste et y valoriser les fruits de son audace en se dotant d’une profondeur en opposition totale avec la superficialité de ses consoeurs. Dans ce TER entre Toulon et les ARCS, elle descend aux ARCS car elle continue en stop vers Saint Tropez. Avec un peu de chance entre taxi de Neuilly à la gare de LYON, un TGV en première de Paris à Marseille, puis le byblos pour les semaines à venir, elle s’offre une bonne tranche de deux heures d’ethnologie et de téléphonie. Parce que, qu’est ce qu’on s’emmerde dans un TER ! alors elle appelle sa mère, qui a un cancer, qui devrait plus se laisser faire, par son père qui est barré, par son frère qui s’en fout, qui devrait plus se taire en parler avec ses amies avec eux qui peuvent la soutenir … puis elle appelle sa copine lui dit vite et sérieux qu’elle arrive qu’elle est en route qu’elle a besoin de faire le point, elle répète  tout ce qu’elle vient de dire à sa mère, un peu plus fort. L’intelligence, la pertinence, la modernité et lé témérité de ses positions sont suffisamment fortes pour en faire profiter toute la rame, puis on passe aux semaines à venir, au programme avec la copine, aux combines respectives pour entrer dans tel ou tel club, accéder à telle ou telle soirée, tout juste si elle ne font pas le point du stock de capotes qu’elles ont prévu pour tenir la distance. Puis avant de se quitter elles en reviennent à la mère avec la copine qui lui explique qu’elle aussi sa mère a eu un cancer, qu’elle s’en est sortie parce qu’elle l’avait écoutée etc … plusieurs minutes ou notre « snobino … » ponctue de « c’est exactement ce que je me tue à lui dire » « oui moi c’est pareil », « m’en parles pas, c’est trop dur » autant de développements de la plus haute tenue philosophique qui les réunit par mobile interposé et que nous allons entendre à notre tour quand elle va rappeler sa mère pour lui répéter tout ce que lui a dit sa copine. La quelle ? Mais oui Elodie celle qui était venue avec Charles Edouard de je sais pas quoi, qui est copain avec son frère. Bon elle lui dit pas tout sur les soirées, les boites, les capotes etc … elle pourrait pas comprendre à son époque, ses copines et elle baisaient sans capote, sans sida, sans souci… à la sortie je ne sais plus qui je dois plaindre, la mère, la fille, la copine, le cancer de la mère, les mecs qui vont devoir passer par la case philo avant de les baiser elle et sa copine. Par contre au milieu de ce fatras de lieux communs, j’ai appris une chose : les zones d’ombre du réseau de téléphonie mobile sont des éclairs de brillance intellectuelle et de lucidité par les silences qu’ils imposent aux imbéciles mobiles à défaut d’être heureux. Par bonheur nous nous arrêtons tous aux ARCS

Elle ne fera pas de nouvelles victimes ferroviaires. J’ai une pensée ému pour le couillon qui va la prendre dans le Grateloup, le col qui mène au golfe de Saint Tropez, qui va s’arrêter heureux de prendre une jolie fille et qui va s’arrêter encore plus heureux de se débarrasser d’un moulin à paroles sans intérêt si encore elle n’a pas passé le trajets à téléphoner à sa mère, sa copine, directement au cancer de sa mère  ou qui sais je encore ?

Voilà pour la « snobino branchée socio cul », peut être pas la pire que j’ai rencontrée, certainement pas de quoi craquer si on sait la prendre au degrés où elle oublie de se prendre elle-même, mais déjà un beau spécimen.

J’ai beaucoup écrit au féminin et je vais continuer. Normal, il n’a pu vous échapper que la femme souffre d’une faiblesse génétique dans le rapport au téléphone en général et à son mobile depuis qu’elle en a un. Le fixe lui sert à appeler ses collègues de travail le soir pour refaire la journée, le mobile lui sert le reste de la journée à appeler les gens qu’elle va voir à un moment où un autre de cette même journée. Le but est invariable, se dire tout ce qu’elle a oublié, tout ce qui ne peut attendre, tout ce qu’elle pourrait oublier, tout ce qui pourrait attendre mais qu’elle a peur d’oublier, tous ces touts composant un gros rien ! 

 

signé: foudutrain, abonné du TER SCNF en PACA

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